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Dr. Roger Jackson

Selon un éminent chef de file de la collectivité sportive, les entraîneurs et les entraîneures constituent la meilleure défense contre le dopage sportif.

Il ne fait aucun doute que les entraîneurs et entraîneures qui œuvrent auprès des athlètes de haut niveau ont un rôle essentiel à jouer dans la création d'un milieu sportif sans dopage. Le rôle des entraîneurs et entraîneures qui travaillent avec les enfants et les athlètes en développement est tout aussi important car ils peuvent, entre autres, influencer les attitudes et les comportements. Pour que tous ceux et celles qui participent à un sport puissent bénéficier d'un environnement sans dopage, il est nécessaire de poser des gestes concrets et de ne pas se contenter de fournir un appui passif. Donc, de quelle façon les entraîneurs et entraîneures d'athlètes d'âges et de niveaux d'habiletés différents peuvent-ils s'assurer de contribuer activement à la promotion du sport sans dopage?

L'entraîneur ou l'entraîneure doit d'abord bien comprendre le cadre stratégique sur lequel reposent les politiques antidopage canadiennes et internationales. Au Canada, le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES) administre le Programme canadien antidopage au nom de la collectivité du sport. En tant que signataire
du Code mondial antidopage, le Canada révise son programme afin d'y intégrer les normes et les exigences du Code et de faire respecter celles-ci. Le Code mondial définit le dopage comme une violation des règles s'appliquant à l'utilisation, à la possession ou au trafic de substances ou de méthodes interdites, y compris le défaut de se conformer aux procédures de contrôle antidopage. Les substances et méthodes interdites en vertu du Code sont utilisées dans le but d'améliorer la performance sportive et peuvent avoir comme conséquence de mettre la santé en danger; elles vont à l'encontre des valeurs intrinsèques au sport - c'est-à¬dire à l'encontre de ce que nous appelons «l'esprit du sport». Toutefois, ce qui donne un sens concret à ces mots, c'est une série d'attitudes, de croyances, de traits de caractère et d'influences menant à la décision de tricher, des facteurs qui peuvent apparaître dès l'enfance et s'aggraver par la suite, des facteurs qui, au fil des ans, peuvent être accentués ou modifiés. Le dopage émane d'une vaste gamme de valeurs et de fondements moraux, tant du point de vue de la société que de celui de l'individu.

D'où proviennent les valeurs des athlètes? Un sondage d'opinion national réalisé en 2002 pour le compte du CCES a révélé que les Canadiens et les Canadiennes estiment qu'après la famille, le sport pratiqué dans les collectivités est le principal élément qui incite les jeunes à adopter des valeurs et des attitudes positives. Toutefois, moins d'un Canadien et d'une Canadienne sur cinq croient véritablement que les activités organisées par les collectivités réalisent ce potentiel. Le sondage a également démontré qu'il était important que les collectivités offrent un entraînement et une surveillance de qualité afin de faire vivre une expérience sportive positive aux participants. Par conséquent, les entraîneurs et entraîneures exercent une activité qui leur offre une possibilité unique et remarquable d'aider les jeunes à adopter des valeurs positives et à faire des choix fondés sur des principes, attitude qui est le fondement de l'éthique sportive. En ce qui concerne les questions liées à l'éthique sportive, notamment le dopage, les paroles et les gestes des entraîneurs et des entraîneures, tout comme leur silence et leur inaction à cet égard, peuvent avoir une influence durable sur les jeunes athlètes.

Pour miser sur les résultats du sondage national, le CCES a organisé cinq consultations régionales en préparation du Symposium «Le sport que nous voulons», qui a eu lieu en septembre 2003 à Ottawa. Les principaux objectifs de ces consultations étaient d'amorcer un dialogue sur les valeurs que nous souhaiterions voir véhiculées par le sport et de cibler les domaines où il est nécessaire d'agir. Nous avons recueilli les commentaires d'individus ayant des expériences, des connaissances et des antécédents variés, y compris des jeunes, des parents, des athlètes, des entraîneurs et entraîneures, des officiels et officielles, des gestionnaires du sport, des chercheurs et chercheures, des éducateurs et éducatrices, et d'autres spécialistes. Voici quelques-unes des préoccupations soulevées lors des consultations.

On ne reconnaît pas assez la responsabilité sociale que le sport assume auprès des participants et des collectivités. Ainsi, le rôle exceptionnel que le sport pourrait tenir dans le développement des individus et le renforcement des collectivités reste un potentiel non réalisé. Notre culture du sport n'est pas axée sur les valeurs; elle se concentre avant tout sur le bien-être des participants et participantes. On accorde souvent une importance exagérée à la victoire. Le plaisir est souvent relégué au second plan. Il est nécessaire d'améliorer la communication et la collaboration, aussi bien pour assurer un engagement à l'endroit de valeurs communes que pour partager les méthodes efficaces et en tirer profit. Il est fréquent que les questions relatives aux problèmes d'éthique et à la recherche de solutions ne bénéficient pas de l'appui des organismes. Trop peu d'attention et de ressources sont consacrées à l'éducation et à la formation des entraîneurs, des entraîneures et des bénévoles bien que ceux-ci jouent un rôle déterminant dans l'expérience sportive des participants et participantes.

À mon avis, cette combinaison de conditions crée un environnement dans lequel certaines personnes peuvent être amenées à voir le dopage et les comportements contraires à l'éthique comme des moyens de réussir. Il s'agit toutefois d'une occasion sans précédent de changer les choses car le leadership individuel et collectif des entraîneurs et entraîneures est au cœur du sport tel qu'il est maintenant, et tel qu'il sera dans l'avenir.

La nouvelle Politique canadienne du sport reconnaît le rôle majeur des entraîneurs et entraîneures et demande à ceux-ci, ainsi qu'aux athlètes et aux autres intervenants du sport, d'assumer la responsabilité de «veiller à ce que les comportements adoptés répondent aux principes établis dans les codes d'éthique». La nouvelle Loi sur l'activité physique et le sport du gouvernement fédéral confirme l'importance du sport dans notre société. La nouvelle Stratégie canadienne sur l'éthique dans le sport prévoit un plan de collaboration complet visant à «privilégier la conduite éthique dans tous les aspects et à tous les échelons du sport partout au Canada». Le nouveau Programme canadien antidopage comprendra une norme en matière d'éducation et attribuera des rôles connexes au CCES, à l'Association canadienne des entraîneurs, à l'Association canadienne des entraîneurs professionnels, aux organismes qui régissent le sport de même qu'aux administrations provinciales et territoriales. Enfin, le nouveau Code mondial est un jalon en matière de coopération internationale dans la lutte antidopage visant à «faire la promotion de la santé, de l'équité et de l'égalité auprès des athlètes de partout dans le monde».

Mais quelle est l'incidence de toutes ces mesures sur les rôles et les responsabilités des entraîneurs et entraîneures d'aujourd'hui? De quelle façon peuvent-ils pratiquer activement leur profession dans le but d'assurer la mise en place d'un milieu sportif exempt de dopage? Voici quelques éléments concrets que j'estime nécessaires:
  • tous les entraîneurs et entraîneures doivent signer des codes de déontologie et des protocoles de travail encourageant les valeurs éthiques et prévoyant un engagement particulier à l'égard de la lutte antidopage;
  • les processus d'embauche et d'évaluation s'appliquant aux entraîneurs et aux entraîneures doivent être fondés sur des critères personnels et professionnels pertinents;
  • la sensibilisation à la lutte contre le dopage doit faire partie des programmes de formation et de certification des entraîneurs et des entraîneures;
  • à tous les niveaux, la formation et la certification des entraîneurs et des entraîneures devraient être fondées sur des valeurs, et celles-ci devraient être mises de l'avant et soulignées dans tous les modules des programmes et faire l'objet d'un module spécifiquement consacré à l'éthique;
  • tous les entraîneurs et les entraîneures doivent sensibiliser explicitement leurs athlètes et les intervenants de leur sport à la lutte contre le dopage;
  • les entraîneurs et entraîneures d'athlètes qui sont visés par des contrôles antidopage doivent être bien renseignés sur ce que l'on définit comme du dopage et sur les droits et responsabilités des athlètes, des entraîneurs et des entraîneures en matière de procédures de contrôle antidopage;
  • les entraîneurs et les entraîneures doivent se renseigner sur les questions particulières et pertinentes au dopage, comme le risque de dopage involontaire à la suite de l'utilisation de suppléments alimentaires;
  • les entraîneurs et les entraîneures doivent reconmuÎre les signes de dopage et aviser l'organisme qui régit leur sport ou le CCES lorsque cela s'avère justifié;
  • les entraîneurs et les entraîneures doivent reconnaître qu'ils ont la responsabilité d'appuyer, d'appliquer et de respecter les exigences du Programme antidopage canadien et qu'ils peuvent se voir imposer une suspension minimale de deux ans - et même une suspension à vie - de leur sport si l'on juge qu'ils ont violé un règlement antidopage.
Le Code mondial demande aux entraîneurs, aux entraîneures et au personnel de soutien œuvrant auprès des athlètes de «bien connaître et de respecter toutes les politiques et les règles antidopage [ ... ] les concernant ou concernant les athlètes dont ils ont la responsabilité» et «d'influencer les valeurs et les comportements de leurs athlètes afin de favoriser le contrôle du dopage». De grands progrès ont été accomplis mais il est impossible de gagner la lutte contre le dopage sportif en se fondant uniquement sur de belles paroles et des documents qui font autorité. Nous devons adopter une vision commune de l'éthique sportive qui nous permettra d'appliquer le contenu de ces documents à nos attitudes, à nos croyances et à nos activités quotidiennes. Donnons au Canada la possibilité de devenir un chef de file et de fixer les normes qui feront de l'entraînement un facteur déterminant dans la lutte contre le dopage.

Dr Roger Jackson est le nouveau président du conseil d'administration du CCES; auparavant, depuis la création du Centre, il agissait à titre de vice¬président du conseil. Il est professeur à la Faculté de kinésiologie de l'Université de Calgary. M.Jackson a représenté le Canada lors de troisJeux olympiques, dont ceux de 1964, oit il a remporté une médaille d'or en aviron à deux sans barreur. Il a occupé le poste de directeur du Centre de médecine sportive de l'Université de Calgary, de doyen de la Faculté d'éducation physique de la même université, de directeur de Sport Canada et de président de l'Association olympique canadienne.


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