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Les Gramantik

Un soutien ferme et durable auprès des entraîneurs et entraÎneures, plutôt qu'une augmentation du financement, là réside le secret de la réussite internationale, affirme l'un des entraÎneurs¬ chefs en athlétisme les plus en vue au Canada.

 L'athlétisme canadien peut-il devenir plus compétitif et fructueux? Que faudrait-il de plus pour qu'il nous porte au degré de succès international tant recherché? J'ai réfléchi et médité longuement sur ces questions.

Mon engagement dans l'athlétisme, à titre d'athlète puis d'entraîneur, s'étale sur presque 45 ans. J'ai été privilégié d'avoir représenté le Canada en qualité d'entraîneur lors de pratiquement tous les Jeux d'envergure et les championnats mondiaux des 15 dernières années. Je dois admettre qu'à plus d'une occasion, j'ai ressenti un immense découragement devant notre absence de succès sur la scène internationale, mais je n'arrivais pas à trouver de solution.

L'athlétisme est favorisé par une vaste participation à l'échelle mondiale, et un grand nombre de pays se partagent le compte des médailles à chaque compétition. À titre d'exemple, lors des Jeux olympiques de Sydney, 48 pays différents ont remporté des médailles dans ce sport. Puisque je fais grand cas de gagner, et que je m'efforce constamment d'aider notre équipe canadienne à atteindre des buts toujours plus élevés sur la scène internationale, je me questionne sur les raisons expliquant l'émergence de certains pays comparativement à d'autres dans le sport en général, mais plus particulièrement dans l'athlétisme.

Durant mes années de déplacement partout dans le monde, j'ai connu beaucoup d'entraîneurs, d'entraîneures et de gestionnaires du sport canadiens et j'ai remarqué que nos discussions tournaient invariablement autour de la question suivante: «Comment rendre nos athlètes plus compétitifs et les aider à remporter plus de médailles?». La réponse qui survient automatiquement le plus souvent, c'est que plus d'argent résoudrait tous nos problèmes. Bien sûr, j'en conviens, plus d'argent ne nuirait pas; et si nos rêves d'obtenir plus de financement ne devaient pas se concrétiser de sitôt ou même jamais? Que pourrions-nous changer au sein du système actuel tout en continuant à nous améliorer?

Mes propres recherches non officielles m'ont indiqué que de nombreux pays disposant pourtant de budgets généreux ne figurent pas nécessairement en tête de classement. J'ai également observé l'émergence d'autres pays, affichant un financement semblable à celui du Canada, précisément dans le domaine de l'athlétisme, qui obtiennent des résultats impressionnants sur la scène internationale. Ainsi, il semble que la différence sur le plan des résultats ne se résume pas simplement aux niveaux de financement.

Lors des championnats du monde en salle de 2004 à Budapest, en Hongrie, mes observations m'ont permis de mieux comprendre pourquoi un pays comme la Suède s'est révélé sur la scène internationale, alors que d'autres, bien que disposant du même niveau de financement pour l'athlétisme, n'y sont pas parvenus. Ma conclusion, c'est que ces pays investissent dans les entraîneurs et entraîneures et les soutiennent. Oui, vous avez bien lu. Ils soutiennent ces personnes qui travaillent avec assiduité, souvent dans l'ombre, dans le but de former et de mener à maturité le talent émergent. Le soutien qu'elles reçoivent se traduit par une reconnaissance de leur travail sur plusieurs plans, commençant à l'échelon communautaire et se poursuivant jusqu'au plus haut niveau, et il comporte un aspect financier non négligeable de même qu'une rémunération professionnelle. Le succès des athlètes est directement relié à l'encadrement sportif, et les entraîneurs et entraîneures reçoivent de l'aide afin qu'ils puissent participer à toutes les compétitions internationales partout où c'est possible.

Bref, il existe des pays fortement concurrentiels présentant des programmes de sport financés de la même façon que les nôtres au Canada. On observe une augmentation distincte des résultats internationaux obtenus par les pays qui favorisent le soutien à l'entraînement comparativement aux pays qui adoptent un modèle axé principalement sur le soutien à l'athlète. J'estime que nous devons nous pencher sur les divers programmes qui sont offerts à nos athlètes et fournir des programmes identiques à nos entraîneurs et entraîneures. N'y voyez pas une suggestion visant à diminuer le soutien à l'athlète; c'est plutôt un encouragement visant à développer des programmes équivalents pour les entraîneurs et entraîneures. Ce pourrait être un système national d'octroi de brevets pour les entraîneurs et entraîneures. Après tout, un tel système a déjà été mis en œuvre avec succès dans d'autres pays.

Le réseau de services du sport canadien est axé sur les athlètes. Nous travaillons assidûment pour établir un soutien bien équilibré, dans les limites de nos ressources financières, afin d'aider nos athlètes. Mais qu'en est-il de nos entraîneurs et de nos entraîneures? Historiquement, le soutien aux entraîneurs et entraîneures n'a jamais constitué la priorité de notre système sportif. La reconnaissance de l'encadrement sportif sur le plan financier et professionnel au Canada se situe bien en deçà des normes internationales et, à moins que cette situation ne s'améliore, notre pays continuera à moins bien performer sur la scène internationale.

Nos athlètes sont nos représentants et nos représentantes sur la scène internationale et, par conséquent, l'attention est dirigée sur eux. Cependant, je crois que nous avons besoin d'un groupe de soutien solide dirigé par des entraîneurs et entraîneures qualifiés afin de préparer nos athlètes à réussir à long terme. En outre, nous devons éduquer nos athlètes concernant l'importance de l'encadrement sportif. Trop souvent, nos athlètes prennent les entraîneurs et entraîneures pour acquis, ainsi que nous avons pu le constater récemment à Calgary lorsque nous avons demandé à un certain nombre d'athlètes de dresser la liste de leurs besoins en vue d'une meilleure préparation pour les Jeux d'Athènes. Aucun n'a inscrit dans sa liste une quelconque forme de soutien à l'encadrement sportif comme étant un besoin.

Au cours des dernières années, le Canada a apporté des améliorations considérables à son système de prestation du sport. La création des centres canadiens multisports et des instituts nationaux de formation des entraîneurs a contribué à établir une base solide, avec des services d'éducation de grande qualité offerts aux entraîneurs et entraîneures ainsi qu'un excellent soutien aux athlètes. Nous ne devons pas oublier que les athlètes passent, alors que les entraîneurs et entraîneures d'expérience et dévoués demeurent. Alors, allons de l'avant avec la professionnalisation. Instaurons un système qui reconnaît et récompense l'encadrement sportif en proportion du travail de l'entraîneur et de l'entraîneure, non seulement dans le sport d'élite mais aussi dès ses débuts, à l'échelon communautaire. Avec le talent et le dévouement de nos athlètes, jumelés à un groupe d'entraîneurs professionnels et d'entraîneures professionnelles et responsables, je suis persuadé que nous atteindrons de bien meilleurs résultats sur la scène internationale.

Les Gramantik est directeur du programme vitesse et puissance d'Athlétisme Canada, entraîneur-chef du programme d'athlétisme à l'Université de Calgary et conseiller auprès du Centre canadien multisport Calgary.


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