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Ken Dool |
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Alors que Ken Dool, directeur de haute performance et entraîneur-chef de l’Association canadienne de yachting (ACY), s’apprête à entreprendre la plus grande aventure de sa vie, il livre son opinion sur la profession d'entraîneur et d'entraîneure au Canada et ce qu'il espère retirer de cette expérience unique.
J'ai été recruté pour être entraîneur de ]'équipage Telefonica Movistar dans la course autour du monde Volvo Ocean Race 2005-2006 (www.volvooceanrace.org), et l'ACY m'a accordé une période sabbatique de 14 mois de sorte que je puisse profiter de cette occasion fantastique. Avec mon épouse, Terri, et notre file de 11 ans, Kacey, nous irons vivre durant six mois à Vigo, en Espagne, puis nous ferons Ie tour du monde de port en port pendant les huit mois qui restent. J'ai saisi cette occasion purement dans le but d'accroître mon experience et ma valeur entant qu'entraîneur. Comme je Ie suggere constamment à mes athletes, essayez de faire ce que vous n'avez jamais fait afin de déterminer ce que vous pouvez faire.
Cependant, je quitte en étant préoccupé comme jamais par l'état de la profession d'entraîneur et d'entraîneure au Canada. Je ne mâcherai pas mes mots : si nous souhaitons obtenir des résultats à long terme et répétés aux Jeux olympiques, nous ne pouvons prétendre y arriver avec des athlètes et des entraîneurs et entraîneures à temps partiel.
Nous devons avoir la volonté de reconnaître la valeur de nos entraîneurs et entraîneures au sein de notre société au lieu de nous questionner à savoir pourquoi nous ne remportons pas plus de médailles olympiques en fermant les yeux sur le fait que nous demandons à des entraîneurs et entraîneures ainsi qu'à des athletes à temps partiel de se mesurer à des entraîneurs professionnels et entraîneures professionnelles et à des athlètes professionnels.
En voile, par exemple, pour diriger l'équipe aux Jeux d'Athènes, nous disposions de trois entraîneurs de centres de sport et de deux entraîneurs de l'équipe nationale, Kelly Hand et moi-même, pour nous occuper des 11 catégories olympiques et de deux catégories paralympiques. Ce n'est pas réaliste. La plupart de nos concurrents disposent d'un entraîneur pour deux catégories, et j'essayais d'être entraîneur pour six catégories. Ce n'est plus un travail d'entraîneur mais de gestion. I1 faut gérer les efforts de six catégories, et cela rend un entraîneur dévoué complètement fou. Nous devons permettre à nos entraîneurs et entraîneures d'entraîner.
Je suis entraîneur-chef depuis 11 ans, soit depuis 1995, et également directeur de haute performance. Une fois tous les quatre ans, je centre mon attention totalement sur l'entraînement, et c'est exactement ce qu'il ne faut pas faire. Je devrais être soit entraîneur-chef ou directeur de haute performance, mais pas les deux: malheureusement. Comme bien des organismes nationaux de sport, 1'ACY manque de fonds pour engager deux personnes. Je dois ajouter que 1'ACY m'a toujours lien traité. Je reçois une rémunération raisonnable en échange de mon travail, et je suis engagé à titre de salarié et non de contractuel.
Bien que plus d'argent pourrait sans aucun doute être bénéfique pour le sport canadien, plus d'argent mieux investi est ce qui pourrait nous faire remporter des médailles. Mieux investir signifie adopter une approche scientifique fondée, disposer d'athlètes totalement engagés et de ressources en entraînement à temps plein. Le financement n'est qu'une part de I'histoire qui porte aussi sur l'engagement. J'aime servir l'exemple de Ross Macdonald qui, avec Mike Wolfs, a remporté la médaille d'argent aux courses Star à Athènes. Je travaille avec Ross depuis 15 ans et avant cela, il était mon rival; alors, je connais son degré d'engagement. I1 a participé à cinq Jeux olympiques et, lorsqu'on lui demande quels sont ses objectifs, il répond simplement que chaque jour il souhaite être meilleur que le jour précédent. C'est Ie propos d'un athlète médaillé de bronze à Barcelone (6e à Seoul, 14e à Atlanta, 5e à Sydney) et qui est deux fois champion du monde!
Prenons la Formule 1 à titre de comparaison. Pour réussir, une équipe en Formule 1 doit non seulement compter un bon pilote, mais également une bonne voiture de course, et cela implique les concepteurs des roues, du moteur, des pistons, des composantes électroniques, du caoutchouc et de la carrosserie. Une équipe de Formule 1 gagnante rassemble tous ces éléments.
Le Canada n'a pas besoin d'un modèle de Cadillac pour être 1'un des meilleurs pays à vocation sportive au monde. La Cadillac est une belle voiture, mais étant un amateur de camions sport, je pense alors que Ie Canada a besoin d'un modèle sport de série Chevy 2500. Nous n'avons pas besoin de la conduite en douceur d'une Cadillac. Un programme «pépère» ne nous réussirait pas; il doit être plus difficile à mener, orienté et engagé.
C'est également une question d'attitude. De nombreux pays, et certainement les États-Unis, n'ont aucun scrupule à affirmer à quel point ils sont bons et appuient leurs dires en gagnant. Bien des fois, ils ne sont pas meileurs que nous, mais ils croient qu'ils Ie sont. Cela leur a été inculqué. Les Canadiens ne sont pas censés dire : «Je suis Ie meilleur au monde». Nous sommes censés dire : «Nous sommes les meilleurs Canadiens», et ce n'est pas suffisant. Nous pouvons demeurer modestes et sympathiques, mais nous devons viser plus haut. Pour être les meilleurs, il faut être prêts à affirmer que nous sommes les meilleurs, et le croire.
Si cela fait de moi quelqu'un d'élitiste, alors je l'assume. Je suis entraîneur parce que je veux gagner une médaille d'or. Je veux être un entraîneur qui participe à un programme, pas néessairement 1'Entraîneur avec un E majuscule, mais une resource qui a aidé un athlète à remporter cette première médaille d'or en voile pour le Canada. Cela fait assurément partie de la motivation qui me pousse à continuer.
La course Volvo Ocean Race illustre parfaitement le but professionnel véritable du sport qu'est la voile, bien financée et bien pourvue en ressources. I1 n'y est surtout pas question de demander à une personne d'accomplir le travail de deux individus. Si l'organisation de la course a besoin de faire réaliser une tâche, elle engage un spécialiste. J'en reviendrai meilleur entraîneur et prêt à travailler au sein du système canadien. C'est comme si I'ACY me permettait d'aller à une école de voile qui serait l'équivalent de l'université Harvard. Je reviendrai avec un «diplôme» de niveau supérieur. Je suis un grand partisan du Programme national de certification des entraineurs (PNCE), mais je suis un plus grand partisan de 1'école de l'expérience. La certification n'est pas ce qui me motiverait à engager quelqu'un. J'engagerais plutôt une personne pour sa capacité à offrir un programme de sport, à stimuler la performance et à remporter des médailles. Grâce à cette expérience acquise dans Ie cadre de la course Volvo Ocean Race, j'espère peaufiner mes compétences et développer ma capacité à offrir ces conditions au Canada après avoir été exposé à un circuit professionnel qui correspond à celui de la Formule 1. Je devrai relever des défis d'un tout autre niveau. Je vais découvrir de nouveaux aspects de moi-même, et j'en ai besoin pour reussir.
On m'a offert une occasion unique d'apprendre tout ce qu'il est possible de savoir sur mon sport auprès des personnes les plus qualifiées pour me I'enseigner. C'est comme si vous étiez entraineur d'une équipe de hockey mineur midget et qu'on vous offrait un emploi d'entraîneur adjoint des Maple Leafs, pendant un an, avecPat Quinn. Si vous aspirez à une carrière en entraînement, vous sautez sur l'occasion; c'est ce que j'encourage les entraîneurs et entraîneures à faire. L'aspect le plus important du perfectionnement dans mon sport consiste à apprendre des gem qui ont fait des erreurs puis qui ont appris comment redresser la situation.
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